Qui était Ganz ? Je veux dire : qui était-il vraiment ? Depuis ce jour d’été accablé par la chaleur où il nous apparut au bout de la piste d’athlétisme, je ne cesse de me poser cette question sans trouver de réponse satisfaisante. Il adulait à l’excès l’immortel Zátopek, dont il possédait le style inorthodoxe mais pas le potentiel immense, et il ne jurait que par la course à pied à laquelle il avait voué sa vie en enchaînant les marathons tel un forcené. Mais il courait aussi après autre chose ou pour fuir quelque chose, ou pour les deux raisons à la fois, jusqu’à l’épuisement. Et il nous entraîna tous les quatre à sa suite dans cette course dont nous ne pouvions prévoir la fin et où nous – moi surtout – croisâmes aussi Kafka. Nous suivîmes Ganz, et peut-être n’aurions-nous pas dû le faire. Pourtant, même après toutes ces années inoubliées, je n’éprouve aucun regret et, je crois, les autres n’en ont pas non plus. Il fallait que nous le fassions, chacun à sa manière. Pour Ganz et pour nous.
S. L.